Une chute dans les escaliers, un ballon reçu au visage, une collision pendant une activité sportive ou un accident domestique peuvent provoquer un traumatisme dentaire en quelques secondes.
Une dent peut se casser, devenir mobile, se déplacer ou être totalement expulsée de son alvéole.
Dans ces situations, la réaction des premières minutes est importante.
Certaines blessures dentaires nécessitent une consultation rapide même lorsque la douleur paraît modérée. Dans le cas particulier d’une dent permanente totalement expulsée, les recommandations internationales considèrent même la situation comme une véritable urgence : lorsqu’une réimplantation est possible, elle doit être envisagée aussi rapidement que possible.
Il faut également garder à l’esprit qu’un choc suffisamment violent pour endommager une dent peut avoir touché d’autres structures du visage ou de la tête.
Voici les gestes essentiels à connaître avant l’arrivée chez le dentiste.
1. Que faire immédiatement après un choc sur les dents ?
1.1 Identifier les signes qui nécessitent une prise en charge rapide
Après un accident, la première réaction consiste souvent à regarder uniquement la dent.
Pourtant, il faut commencer par évaluer l’état général de la personne.
Une chute ou un choc au visage peut également provoquer une blessure des lèvres, des gencives, de la mâchoire ou de la tête. Les professionnels dentaires sont d’ailleurs invités à rechercher les circonstances du traumatisme, une éventuelle perte de connaissance et d’autres signes médicaux avant de se concentrer uniquement sur la dent.
Une prise en charge médicale urgente est notamment nécessaire lorsque le traumatisme s’accompagne de signes neurologiques préoccupants, tels qu’une perte de connaissance, une confusion, des difficultés inhabituelles à rester éveillé, des problèmes d’équilibre ou des vomissements répétés après un choc à la tête.
Sur le plan dentaire, une consultation rapide est particulièrement importante lorsqu’une dent :
- est totalement sortie de son emplacement ;
- s’est déplacée après le choc ;
- devient nettement mobile ;
- présente une fracture importante ;
- provoque une douleur intense ;
- semble avoir été enfoncée dans la gencive ;
- s’accompagne d’un saignement important ou d’une blessure des tissus voisins.
Les luxations, fractures coronaires et autres traumatismes des dents permanentes font partie des principales lésions décrites dans les recommandations de l’International Association of Dental Traumatology (IADT). Leur traitement dépend du type exact de traumatisme, d’où l’importance d’un examen clinique et parfois radiographique.
Même lorsqu’une dent semble simplement « avoir bougé », mieux vaut ne pas banaliser l’accident.
Certaines atteintes touchent les tissus qui soutiennent la dent ou sa pulpe sans être immédiatement visibles.
1.2 Dent cassée, déplacée ou mobile : les premiers gestes à adopter
Tous les traumatismes dentaires ne nécessitent pas les mêmes gestes.
La dent est cassée
Essayez de retrouver le fragment.
Un morceau de dent fracturée peut parfois être utilisé par le dentiste pour restaurer la dent. Les recommandations destinées au grand public conseillent notamment de conserver le fragment et de consulter un dentiste. Le fragment peut être placé dans du lait afin d’éviter son dessèchement pendant le transport.
Ne tentez pas de recoller vous-même le morceau avec une colle domestique.
Le dentiste devra déterminer jusqu’où s’étend la fracture : simple éclat d’émail, atteinte de la dentine, exposition de la pulpe ou fracture plus profonde.
Deux dents cassées qui semblent visuellement similaires peuvent donc nécessiter des traitements très différents.
La dent s’est déplacée
Une dent peut être poussée vers l’intérieur, vers l’extérieur ou latéralement après un choc.
Il s’agit d’une luxation.
Elle peut parfois paraître simplement « de travers », mais les tissus qui l’entourent ont potentiellement subi une atteinte importante. L’évaluation et le traitement des luxations dépendent de leur direction, de leur sévérité et du développement de la dent.
Évitez de manipuler inutilement la dent ou d’essayer de la redresser de force.
Consultez rapidement un dentiste.
La dent est mobile mais toujours en place
Une mobilité apparue immédiatement après un choc peut correspondre à différents traumatismes.
Même en l’absence de fracture visible, une surveillance professionnelle peut être nécessaire.
Dans l’attente de la consultation, évitez surtout de tester continuellement la mobilité avec les doigts ou la langue.
Cette tentation est fréquente.
Elle n’apporte pourtant aucune information utile et sollicite inutilement une zone déjà traumatisée.
2. Dent expulsée : quelques minutes peuvent faire toute la différence
2.1 Comment manipuler et conserver correctement une dent permanente expulsée
L’expulsion complète d’une dent porte le nom d’avulsion dentaire.
La dent se retrouve entièrement en dehors de son alvéole.
Lorsqu’il s’agit d’une dent permanente, la conduite à tenir doit être rapide. Les recommandations de l’IADT et de l’American Academy of Pediatric Dentistry préconisent, lorsque cela est possible et approprié, une réimplantation immédiate suivie d’une consultation dentaire urgente.
Voici les principales étapes.
1. Retrouver la dent
Cherchez-la immédiatement si les circonstances le permettent.
Une fois retrouvée, prenez-la uniquement par la couronne, c’est-à-dire la partie blanche normalement visible dans la bouche.
Ne manipulez pas la racine.
Les tissus microscopiques présents à sa surface jouent un rôle important dans le pronostic de la réimplantation.
2. Si la dent est sale, la rincer délicatement
Ne grattez pas la racine.
Ne la brossez pas.
N’essayez pas de la désinfecter avec de l’alcool ou un produit ménager.
Les recommandations de l’AAPD indiquent qu’une dent expulsée peut être rincée délicatement avec du lait, du sérum physiologique ou de la salive lorsqu’elle est contaminée, tout en évitant de toucher la racine avec les doigts.
3. S’il s’agit bien d’une dent permanente, la réimplantation immédiate peut être envisagée
Lorsqu’il est possible d’identifier avec certitude une dent permanente et que la personne est consciente et coopérante, les recommandations internationales privilégient la remise rapide de la dent dans son alvéole lorsque cela peut être fait sans forcer.
La dent doit être replacée dans le bon sens, délicatement.
Si elle ne rentre pas facilement, ne forcez pas.
Passez directement à la conservation de la dent et partez consulter en urgence.
4. Si la dent ne peut pas être réimplantée, ne la laissez pas sécher
C’est un point capital.
Les recommandations de l’AAPD proposent de conserver la dent dans un milieu physiologique approprié tel que le lait, une solution HBSS lorsqu’elle est disponible, du sérum physiologique ou de la salive avant d’obtenir immédiatement des soins dentaires.
Le lait constitue souvent l’option la plus accessible dans une situation réelle.
L’objectif est surtout d’éviter que la dent reste sèche pendant que l’on cherche un dentiste.
5. Aller immédiatement chez un dentiste
Ne remettez pas la consultation au lendemain sous prétexte que la douleur a diminué.
Le pronostic dépend notamment de la durée pendant laquelle la dent reste en dehors de la bouche et, plus particulièrement, du temps passé à sec. Les directives de l’IADT distinguent notamment les situations où le temps extra-oral à sec dépasse 60 minutes, car la viabilité des cellules du ligament parodontal est alors fortement compromise. Une réimplantation peut néanmoins encore présenter un intérêt dans certaines situations et doit être évaluée par le dentiste.
En résumé :
Dent permanente expulsée = agir immédiatement + conserver correctement la dent + consulter sans attendre.
2.2 Pourquoi une dent de lait expulsée ne doit jamais être réimplantée
La règle est totalement différente pour une dent temporaire, communément appelée dent de lait.
Une dent de lait expulsée ne doit pas être remise dans son alvéole.
Les recommandations de l’IADT consacrées à la dentition temporaire ainsi que les conseils du NHS vont dans ce sens. Une réimplantation pourrait notamment compromettre la dent permanente en développement située en dessous.
Cette distinction est particulièrement importante chez les jeunes enfants.
Si un enfant tombe et perd une incisive, il peut être difficile pour les parents de savoir immédiatement s’il s’agit d’une dent temporaire ou permanente.
Dans le doute, ne forcez aucune réimplantation et contactez immédiatement un professionnel dentaire en précisant l’âge de l’enfant et les circonstances de l’accident.
L’enfant doit de toute façon être examiné.
Le dentiste pourra vérifier :
- l’état de la gencive ;
- la présence d’une éventuelle fracture ;
- les dents voisines ;
- l’os alvéolaire ;
- l’occlusion ;
- le développement des dents permanentes.
Le traumatisme peut en effet avoir des conséquences qui ne sont pas immédiatement visibles.
3. Que se passe-t-il après l’urgence dentaire ?
3.1 Examen, radiographie, repositionnement et surveillance
Lors de la consultation, le dentiste commence par reconstituer les circonstances de l’accident.
L’heure du traumatisme est particulièrement importante.
Dans le cas d’une dent expulsée, il peut également demander :
- combien de temps la dent est restée hors de la bouche ;
- si elle est restée sèche ;
- dans quel liquide elle a été transportée ;
- si elle a déjà été réimplantée ;
- comment elle a été manipulée.
L’évaluation comprend ensuite un examen des dents, des gencives et des tissus environnants. Des examens radiographiques peuvent être nécessaires pour rechercher une fracture radiculaire, évaluer une luxation, vérifier le repositionnement d’une dent ou examiner l’os environnant.
Dans le cas d’une dent permanente réimplantée, le dentiste peut la stabiliser temporairement à l’aide d’une contention souple fixée aux dents voisines. Les recommandations de l’IADT utilisent généralement une stabilisation flexible pendant une période déterminée, adaptée à la nature du traumatisme et à la présence éventuelle d’une fracture osseuse.
Selon la maturité de la dent et les lésions observées, d’autres traitements peuvent être nécessaires par la suite.
Il peut notamment s’agir d’un traitement endodontique dans certaines situations.
Le professionnel évaluera également, lorsque cela est pertinent, les besoins concernant la prophylaxie antitétanique et d’autres mesures médicales associées au traumatisme.
3.2 Pourquoi le suivi reste indispensable même lorsque la douleur disparaît
L’une des particularités des traumatismes dentaires est que leur évolution ne s’arrête pas nécessairement lorsque la douleur disparaît.
Une dent peut retrouver un aspect presque normal quelques jours après l’accident tout en développant ultérieurement une complication.
Parmi les éléments surveillés après certains traumatismes figurent notamment la vitalité pulpaire, la cicatrisation des tissus, une éventuelle infection ou différentes formes de résorption radiculaire. Après la réimplantation d’une dent permanente expulsée, les recommandations prévoient d’ailleurs plusieurs contrôles cliniques et radiographiques répartis dans le temps.
Il est donc important de respecter les rendez-vous de suivi recommandés.
De même, consultez de nouveau si vous constatez dans les jours ou semaines suivant le traumatisme :
- une augmentation de la douleur ;
- un gonflement ;
- une modification importante de la couleur de la dent ;
- une mobilité qui s’aggrave ;
- une gêne à la mastication ;
- une fistule ou un écoulement au niveau de la gencive.
L’objectif n’est pas uniquement de préserver l’apparence de la dent.
Il faut également protéger les tissus qui l’entourent et conserver, lorsque cela est possible, sa fonction à long terme.
Le réflexe à retenir face à une dent expulsée
Parmi tous les traumatismes dentaires, l’avulsion d’une dent permanente est probablement celui pour lequel connaître quelques gestes simples peut être le plus déterminant.
Le mémo peut tenir en quelques lignes :
1. Vérifier d’abord l’état général de la personne après le choc.
2. Retrouver la dent.
3. La tenir uniquement par la couronne, jamais par la racine.
4. Si elle est sale, la rincer très délicatement sans la frotter.
5. S’il s’agit avec certitude d’une dent permanente, la replacer immédiatement lorsque cela est possible sans forcer, ou la conserver dans un milieu adapté comme du lait.
6. Ne jamais réimplanter une dent de lait.
7. Consulter immédiatement un dentiste.
Face à un traumatisme dentaire, une attitude rapide mais méthodique est souvent préférable à l’improvisation.
Une dent cassée peut parfois être restaurée. Une dent déplacée peut nécessiter un repositionnement. Et même une dent permanente complètement expulsée peut parfois être sauvée lorsqu’elle est manipulée correctement et prise en charge suffisamment rapidement.
Sur mondentiste.ma, l’objectif est aussi de rappeler cette idée essentielle : en cas de traumatisme, le premier réflexe doit être de protéger la personne, puis de consulter rapidement un professionnel dentaire plutôt que d’attendre de voir si la douleur disparaît.
Cet article fournit des informations générales et ne remplace pas un examen par un chirurgien-dentiste ou une prise en charge médicale d’urgence lorsque l’état général de la personne l’exige.